Purgatoire

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La série Purgatoire de Clément Denis est à ce sujet extrêmement parlant. Voilà ce qu’on y voit : des hommes, des femmes, qui attendent dans un lieu indéterminé, il est sombre, et derrière-eux, ou parfois devant eux, une porte blanche. On pense de suite au purgatoire dans le catholicisme, à l’expiation des péchés mais ce n’est pas ça. Ou du moins, pas exactement. C’est autre chose. Ce n’est pas religieux. Ces hommes qu’on voit représentent, grâce à la magie dénotationnelle de la peinture, l’homme en général, ou du moins, une idée abstraite de l’homme. Et nous, spectateurs, sommes probablement les juges. Je pense à ces phrases de Camus dans La chute : « Vous parliez du Jugement dernier. Permettez-moi d’en rire respectueusement. Je l’attends de pied ferme : j’ai connu ce qu’il y a de pire, qui est le jugement des hommes » puis il finit ainsi : « N’attendez pas le Jugement dernier. Il a lieu tous les jours ». Ces hommes et femmes prostrés devant nous attendent probablement ce dernier jugement, le nôtre, souvent impitoyable.


A l’ère écologique et, peut-être, « post-humaine », l’homme est de plus en plus posé comme une marginalité, comme quelque chose dont on ne sait, définitivement, pas quoi en faire et, en tant qu’objet d’étude anthropologique, il est lui aussi dans cette zone d’indétermination, dans cette marginalité à l’image de ces lieux où on empile des migrants en attendant de savoir quoi en faire. L’artiste réussit à nous montrer ce trait caractéristique de notre temps, celui de créer de nouvelles zones de marginalités qui jouent et rejouent la place de l’homme. Voilà pourquoi l’oeuvre de Clément Denis est si évocatrice, car elle parle, surtout aujourd’hui. Je l’ai regardée, elle m’a pris sec. Et ce texte ne fait que refléter l’intérêt que j’ai pour l’oeuvre de Clément Denis. Cet observateur.

— Chris Cyrille 

©HORS-CADRE

© 2020 par Clément Denis

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