purgatoire

purgatoire by chris cyrille

Clément Denis' Purgatoire series is extremely telling in this respect. Heree is what we see: men, women, waiting in an indeterminate place, it is dark, and behind them, or sometimes in front of them, a white door. One immediately thinks of purgatory in Catholicism, of the expiation of sins, but that's not it. Or at least, not exactly. It's something else. It's not religious. These men we see represent, through the denotational magic of painting, man in general, or at least an abstract idea of man. And we, the spectators, are probably the judges. I think of these sentences from Camus in The Fall: "You were talking about the Last Judgement. Allow me to laugh respectfully. I am waiting for it with all my heart: I have known the worst, which is the judgement of men", and then he ends as follows: "Don't wait for the Last Judgement. It happens every day. These men and women, prostrate before us, are probably waiting for this last judgement, our own, often merciless one. In the ecological and, perhaps, 'post-human' era, man is increasingly posed as a marginality, as something we definitely don't know what to do with and, as an object of anthropological study, he too is in this zone of indeterminacy, in this marginalitý like these places where migrants are piled up while waiting to know what to do with them. The artist succeeds in showing us this characteristic trait of our time, that of creating new zones of marginality that play and replay the place of man. This is why Clément Denis' work is so evocative, because it speaks, especially today. I looked at it, it took me dry. And this text only reflects the interest I have in the work of Clément Denis. This observer.


About Chris Cyrille

Chris Cyrille-Isaac is a poet, art critic and independent exhibition storyteller. He graduated in Philosophy and Art Theory at Paris 8 University and worked for several French magazines. Chris Cyrille-Isaac is a member of AICA (International Association of Art Critics), and has received the Dauphine Prize for Contemporary Art in 2017; the Young Curator Prize of the 69th edition of Jeune Création; and the AICA France Prize in 2020. He was the curator of the exhibition « – Mais le monde est une mangrovité » (2021, Galerie Jeune Création), of which he is co-directing the catalogue (Rotolux, 2022). He is currently resident at the Ateliers Médicis. As a theorist and poet, he is interested in Caribbean philosophies and aesthetics.

La série Purgatoire de Clément Denis est à ce sujet extrêmement parlant. Voilà ce qu’on y voit : des hommes, des femmes, qui attendent dans un lieu indéterminé, il est sombre, et derrière eux, ou parfois devant eux, une porte blanche. On pense de suite au purgatoire dans le catholicisme, à l’expiation des pêchés mais ce n’est pas ça. Ou du moins, pas exactement. C’est autre chose. Ce n’est pas religieux. Ces hommes qu’on voit représentent, grâce à la magie dénotationnelle de la peinture, l’homme en général, ou du moins, une idée abstraite de l’homme. Et nous, spectateurs, sommes probablement les juges. Je pense à ces phrases de Camus dans La chute : « Vous parliez du Jugement dernier. Permettez-moi d’en rire respectueusement. Je l’attends de pied ferme : j’ai connu ce qu’il y a de pire, qui est le jugement des hommes » puis il finit ainsi : « N’attendez pas le Jugement dernier. Il a lieu tous les jours ». Ces hommes et femmes prostrés devant nous attendent probablement ce dernier jugement, le nôtre, souvent impitoyable. A l’ère écologique et, peut-être, « post-humaine », l’homme est de plus en plus posé comme une marginalité, comme quelque chose dont on ne sait, définitivement, pas quoi en faire et, en tant qu’objet d’étude anthropologique, il est lui aussi dans cette zone d’indétermination, dans cette marginalité́ à l’image de ces lieux où on empile des migrants en attendant de savoir quoi en faire. L’artiste réussit à nous montrer ce trait caractéristique de notre temps, celui de créer de nouvelles zones de marginalités qui jouent et rejouent la place de l’homme. Voilà pourquoi l’œuvre de Clément Denis est si évocatrice, car elle parle, surtout aujourd’hui. Je l’ai regardée, elle m’a pris sec. Et ce texte ne fait que refléter l’intérêt que j’ai pour l’œuvre de Clément Denis. Cet observateur.

*Texte réalisé pour la galerie nomade Hors-Cadre dans le cadre de l'exposition de lancement au Bastille Design Center en 2018.

À propos de Chris Cyrille

Poète, critique d’art et conteur d’exposition indépendant, Chris Cyrille-Isaac a étudié la philosophie et la théorie d’art à l’Université Paris 8. Il a écrit des articles pour plusieurs revues françaises. Chris Cyrille-Isaac est membre de l’AICA (Association Internationale des Critiques d’Arts) et a reçu le prix Dauphine pour l’Art contemporain (2017), le Prix Jeune Commissariat de la 69e édition de Jeune Création, et le Prix AICA en 2020. Il a curaté l’exposition « – Mais le monde est une mangrovité » (2021, Galerie Jeune Création), dont il codirige la publication du catalogue (Rotolux, 2022). Il est actuellement résident aux Ateliers Médicis. Il s’intéresse, en tant que théoricien et poète, aux philosophies et esthétiques caribéennes.

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